U4 : Yannis – Florence Hinckel

Après environ un mois d’absence (pas parce que je ne lisais plus, mais parce que j’étais partie en vacances…), c’est d’un projet d’écriture original et intéressant dont je viens vous parler : U4. Quatre auteurs – Vincent Villeminot, Carole Trébor, Yves Grevet et Florence Hinckel – ont chacun écris un roman dystopique à partir d’un évènement commun, d’un point de départ identique, mais en racontant chacun l’histoire d’un personnage différent. Au cours de leur aventure, les protagonistes vont se croiser, c’est là tout l’intérêt de ce projet, cependant chaque livre peut se lire indépendamment des autres, il n’y a aucun ordre de lecture à respecter. Évidemment, pour commencer cette série de romans, je me suis lancée dans la lecture du tome retraçant l’aventure de Yannis. Pas parce que j’aime particulièrement l’auteure, à vrai dire, je ne la connaissais pas, mais, parce que Yannis est originaire de Marseille et que j’espérais retrouver un peu cette ville que j’aime énormément à travers les mots de Florence Hinckel. Le principe est donc plutôt innovant, par contre, l’histoire, quant à elle, n’est pas vraiment originale.

Le lecteur se trouve, au côté du personnage dont il lit l’histoire, plongé dans un monde où le virus U4 vient de décimer 98 % de la population mondiale n’épargnant que les 15-18 ans. Suite à cette épidémie, Yannis, dont il est question dans le roman de Florence Hinckel, se retrouve seul dans l’appartement familial, son père, sa mère et sa petite sœur n’ayant pas survécus. Adolescent plutôt réservé et quelque peu accro au jeu vidéo W.O.T sur lequel il passait, avant la catastrophe, le plus clair de son temps libre, incarnant un avatar, héros de guerre, prénommé Adrial, Yannis va vivre un petit moment seul avec son chien Happy dans sa chambre, à l’abri du monde extérieur. Tant que le courant électrique est maintenu et que le réseau internet fonctionne, il communique sur les forums du jeu avec des adolescents, seuls comme lui, mais, cela ne va pas durer longtemps. Le dernier message qu’il va recevoir, comme tous les autres « experts », est celui de Khronos, le maître du jeu, lui donnant rendez-vous à Paris, quelques mois plus tard, afin de changer le futur et peut-être même le passé… Yannis n’est pas un garçon très courageux, il se sent bien plus à l’aise dans la peau d’Adrial que dans son propos rôle, pourtant, il ne va pas hésiter longtemps avant de prendre la route en direction de la capitale.

Nous allons alors suivre Yannis, accompagné d’Happy mais aussi des fantômes des membres de sa famille, tout au long de son aventure. Sur la route, il va d’abord être très seul malgré quelques rencontres plus ou moins agréables. Il va notamment avoir l’occasion de se rendre compte par lui-même du chaos dans lequel sont plongées les grandes villes, souvent contrôlées par des groupes d’adolescents pillards n’hésitant pas à tirer sur ceux ne faisant pas partie de leur bande. Une fois arrivé à Lyon, son road-trip va prendre une autre tournure, il va rencontrer d’autres experts de W.O.T qui, comme lui ont eu le message de Khronos, et il va devoir affronter une multitude de contretemps avant de pouvoir atteindre son objectif…

Au départ, je l’avoue, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. Je pense que cela s’explique principalement par le fait que Yannis se mettait à incarner Adrial dès lors qu’il avait peur, qu’il avait une difficulté à surmonter. Au fil des pages, ceci c’est très largement atténué rendant, à mon sens, la lecture plus fluide. De plus, c’est un roman que j’ai trouvé très bien rythmé, les péripéties s’enchainent et je ne me suis pas ennuyée. Malgré mes difficultés du début, j’ai persévéré et j’ai bien fait car par la suite j’ai, en quelque sorte, été happée par l’histoire. Yannis est un personnage touchant par sa sincérité et sa fragilité, il semble être un garçon honnête et plein d’espoir, plein de bonté, je me suis attachée à lui. Pour ce qui est de l’écriture, je l’ai trouvé fluide et d’un style plutôt classique dans le sens où elle n’a rien de foncièrement particulier.

Alors, évidemment, il s’agit d’un roman pour adolescent et il ne conviendra certainement pas à tout le monde. Ceci dit, je pense que l’originalité de la construction de cette saga vaut le détour. Tout au long de cette lecture, le fait de croiser les trois autres personnages des trois autres tomes a complètement attisé ma curiosité. J’aime le concept, et, même si ce ne fut pas un total coup de cœur, je vais, à coup sûr, lire les trois autres tomes dès que j’en aurais le temps.

La pyramide des besoins humains – Caroline Solé

Après une quinzaine de jours de vacances, c’est avec du roman de Caroline Solé, intitulé La pyramide des besoins humains, que j’ai décidé de vous parler. D’après la théorie du psychologue américain Abraham Maslow, les besoins humains se classent en cinq grandes catégories souvent représentés de façon pyramidale avec, à la base, les besoins physiologiques, puis les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance, les besoins d’estime, et enfin, au sommet, les besoins de réalisation. Et, c’est principalement sur cette théorie que se base le roman de Caroline Solé.

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En effet, dans l’histoire qu’elle nous raconte, la théorie de Maslow est la base d’un jeu de télé-réalité qui se déroule du 1er octobre au 1er novembre de l’année en cours et dans lequel le héros va se retrouver embarqué. Le but du jeu : passer les différents niveaux de la pyramide en démontrant que les besoins correspondant sont atteints. Pour cela, chaque candidat possède un profil sur une plateforme en ligne dédiée au jeu où il a la possibilité de poster des messages, des images et des vidéos. Leur seule obligation est d’y publier un message d’au moins 500 caractères à la fin de chaque semaine. Le public vote alors pour désigner ceux qu’il juge avoir atteints l’objectif et pouvant passer au niveau supérieur. Puis, lors d’une émission télévisée hebdomadaire, les résultats du niveau en cours sont donnés. Au départ, ils sont 15 000 participants. Christopher, le candidat n°12778 ayant pour pseudonyme ChristopherScott54, est un adolescent de 15 ans qui a fui le domicile familial, et par la même occasion les gnons de son père. Alors qu’il vit sur un bout de carton dans le quartier Londonien de Chinatown, plus ou moins en compagnie de son ami Jimmy, il décide, sur un coup de tête – tandis qu’il se retrouve un peu par hasard face à une affiche indiquant « Toi aussi, joue ta vie » dans un cybercafé où il s’abrite de la pluie – de s’inscrire au jeu. Il va surprendre beaucoup de monde et fasciner le public alors que personne ne connait son visage…

Dans son roman Caroline Solé propose une critique de notre société moderne et de ses dérives, et plus particulièrement, des réseaux sociaux sur lesquels le monde entier étale sa vie personnelle aux inconnus sans aucune pudeur. Elle y dénonce également la course au buzz quoi qu’il en coûte par les journalistes et la télévision ainsi que la recherche à tout prix de la célébrité, statut qui peut mettre du temps à s’acquérir mais qui à l’inverse peut disparaitre en un claquement de doigts. Enfin, elle évoque, à travers le héros de cette histoire, à l’extrême opposé de ce monde fait de paillettes et de superficialité, tous les égarés du système à côté desquels nous passons tous les jours dans les rues sans même une attention pour eux. Christopher est pour moi un personnage plutôt réussi (même s’il me semble un peu trop mûr pour son âge) et intéressant, il porte un regard franc et lucide sur son quotidien et sur la société dans laquelle il vit. L’idée du scénario est, elle aussi, plutôt intéressante et très actuelle, l’écriture et le style de l’auteure sont agréables à lire, c’est un roman qui pose des questions pertinentes, un roman qui porte à réflexion, un roman intelligent. Pour moi, ce fut une bonne lecture, à conseiller sans retenue aux adolescents.

Dieu me déteste – Hollis Seamon

Cette fois c’est d’un roman dont je vais vous parler. Un roman qui n’est pas nouveau mais pas très ancien non plus : Dieu me déteste d’Hollis Seamon. Alors oui, ce n’est pas très original comme lecture dans le sens où beaucoup de personnes ont déjà donné leur avis à son sujet, mais j’avais vraiment envie de vous partager le mien !

dieu-me-detesteDans ce roman l’auteure nous raconte un bout de l’histoire de Richard Casey, un jeune homme de bientôt 18 ans, qui est hospitalisé dans un service de soins palliatifs. Entouré de personnes âgées, Richard, qui est atteint d’un cancer, aimerait vivre sa vie comme un adolescent « normal », un adolescent de son âge. Il va se lier d’amitié avec Sylvie, la seule personne de (à peu près) son âge se trouvant dans le même service que lui, au sein de l’hôpital Hilltop à New York. Ils vont évidemment, peu à peu, tomber amoureux, ils vont s’aimer et essayer de vivre leur histoire d’amour autant qu’ils le peuvent…

Ce livre m’a forcément très fortement fait penser au fameux roman de John Green, Nos étoiles contraires, cependant, il m’a beaucoup plus convaincu que ce dernier. En effet, je l’ai trouvé un peu plus réaliste, plus touchant, le style d’écriture et la tonalité qu’a choisi l’auteure m’ont plus convenu. J’ai beaucoup aimé le personnage de Richard et son caractère de combattant. Malgré l’histoire plutôt difficile qui nous est raconté, ce roman m’a fait plus d’une fois sourire, voire, rire. L’auteure a su parler d’une histoire triste tout en restant optimiste et réaliste. Nous ne sommes jamais dans le larmoyant. C’est un roman qui à mon sens nous apprend à relativiser nos petits et gros tracas du quotidien.

Au final, c’est un roman que j’ai trouvé intéressant dans le sens où il nous plonge au coeur de ce service dans lequel se trouvent Richard et Sylvie, il nous place du côté des patients, aborde également les sentiments que traversent les familles ainsi que le personnel soignant. Mais ce n’est pas seulement cela, c’est un roman émouvant, remplis de tendresse et d’humour, mais aussi de cynisme, sans jamais devenir démoralisant. Et puis enfin, pour couronner le tout, ce livre est un très bel objet. En bref, vous l’aurez compris, j’ai vraiment aimé ce roman.

Quatrième de couverture : New York, hôpital Hilltop. Richard Casey aura bientôt 18 ans. Comme tous les adolescents, il voudrait faire la fête, draguer, s’envoyer en l’air, tomber amoureux… La différence, c’est que Richard sait qu’il ne fêtera jamais ses 19 ans. Il est un peu plus pressé que les autres et, pour vivre fort, il lui faut déjouer les pièges de tous ceux qui préféreraient le voir vivre un peu plus longtemps. Heureusement, Richard a de la ressource, du courage et un solide sens de l’humour. Alors il va ruer dans les brancards. Et si Dieu le déteste, il est prêt à rendre coup pour coup. Vous n’êtes pas près d’oublier Richard Casey, comment il mena une révolution contre le corps médical, se glissa dans les draps de la jolie fille de la 302, réussit une évasion périlleuse avec la complicité d’un oncle dysfonctionnel, évita de tomber sous les coups d’un père vengeur, et joua finalement son destin au poker, dans un des plus beaux bluffs jamais montés contre le sort (La Belle Colère, 2014).