La porte du ciel – Dominique Fortier

Après avoir lu, ici et là, pas mal de bons avis au sujet du roman de Dominique Fortier, La porte du ciel, j’avais très envie de moi aussi me lancer dans cette lecture. Alors, lorsque j’ai vu qu’il était dans la liste de la dernière masse critique de Babelio, je me suis précipitée sur l’occasion…

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Dans ce roman, l’histoire, qui se déroule aux États-Unis, entre la Louisiane et l’Alabama, au moment de la guerre de sécession, nous est narré par « Le Roi coton ». Deux fillettes que tout oppose, Eleanor, blanche et fille de médecin, et Eve, métisse et fille d’esclave, vont être amenées à grandir ensemble. Dans le foyer qu’elles partagent, Eve n’aura jamais un statut très clair. En effet, elle semble faire partie de la famille et occupe par exemple la même chambre qu’Eleanor, cependant, elle doit tout de même accomplir un certains nombres de corvées… Devenues inséparables au fil du temps, Eve suivra Eleanor, dans sa nouvelle demeure, après son mariage avec un homme qu’elle n’a pas choisi. Ainsi, elles seront prisonnières de leur situation une partie de leur vie : Eleanor de sa condition de femme blanche, obligée d’acquérir un certain nombre de savoirs liés à son rang et Eve de sa couleur de peau et donc de sa condition d’esclave.

la-porte-du-ciel-couvDans ce roman, il est également question de femmes qui, en attendant que leur mari, leurs fils ou encore leur père rentre de la guerre, passe un partie de leur temps à coudre et à assembler des courtepointes. Mais aussi, du Père Louis qui a pour projet de construire une église au milieu des marais avec l’aide des habitants. Ou encore, d’un condamné à mort à notre époque.

La construction de ce roman, aux allures de conte, est originale, elle m’a un peu décontenancé au début de ma lecture, me laissant la sensation d’un récit un peu décousu, mais au final je l’ai trouvé intéressante. Le roman est parsemé de faits sur les conditions de vie des esclaves et de descriptions de courtepointes, nous naviguons entre les États et les époques, guidé par un fil rouge : l’histoire d’Eleanor et d’Eve, deux personnages que, et c’est un choix de l’auteure, finalement, nous ne connaitrons que superficiellement. La porte du ciel m’a permis de passer un agréable moment de lecture.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres romans à conseiller sur le sujet ?

Jeux de miroirs – E.O. Chirovici

Comme chaque année avec l’hiver, mon envie de lire des polars se fait de plus en plus forte. Alors, lorsque l’on m’a proposé de lire Jeux de miroirs, le premier roman traduit en France de l’écrivain roumain E.O. Chirovici, j’ai sauté sur l’occasion. D’autant plus qu’il était annoncé comme « Le roman évènement de l’année 2017 » par son éditeur.

L’histoire : un jour, Peter Katz, agent littéraire, reçoit un manuscrit composé des premiers chapitres d’un roman écrit par un certain Richard Flynn intitulé « Jeux de miroirs ». L’auteur y raconte sa rencontre avec une jeune femme prénommée Laura, alors qu’elle s’installe dans son appartement et devient sa colocataire, et, par son intermédiaire, avec le professeur Wieder, un spécialiste de la psychologie cognitive, et plus particulièrement de la mémoire et des souvenirs. Ce dernier est mort assassiné à la fin des années quatre-vingt et son meurtre ne fut jamais élucidé. Intrigué par cette lecture, Peter aimerais en savoir plus et obtenir la fin du texte, espérant que la clef du mystère s’y trouve. Seulement, Richard meurt avant qu’il puisse le lui demander. Alors, pour tenter de résoudre l’énigme, il va entamer des recherches sur le sujet avec l’aide de deux autres personnes : John, un journaliste d’investigation et  Roy, un enquêteur à la retraite qui avait travaillé sur cette affaire. Tous les trois vont rencontrer différents témoins du drame mais ils ne vont obtenir que de multiples versions contradictoires…

jeux-de-miroirs-chiroviciCette histoire nous est racontée au travers de trois voix différentes correspondant chacune à une partie du roman – d’abord celle de Peter, puis celle de John, et enfin celle de Roy – ce que j’ai trouvé plutôt intéressant notamment parce que cela permet d’aborder l’intrigue sous différents angles et je pense que cela a fortement contribué à maintenir mon intérêt pour l’histoire. A cela, s’ajoutent les nombreux témoignages contradictoires des différentes personnes interrogées par ces trois enquêteurs officieux, qui permettent à mon sens de maintenir le suspens. Cela dit, j’ai parfois trouvé le temps un peu long durant cette lecture. J’ai beaucoup apprécié la première partie, soit le manuscrit de Richard Flynn, un peu moins les deux suivantes. Malgré cela, j’ai trouvé ce roman plutôt bien rythmé, le style d’E.O. Chirovici, qui nous propose avec Jeux de miroirs une réflexion intéressante sur la mémoire et les souvenirs, simple mais pas déplaisant. Merci aux éditions Les escales et à l’agence Anne & Arnaud pour ce moment de lecture !

The Girls – Emma Cline

Je continue ma découverte de cette rentrée littéraire 2016 avec The Girls d’Emma Cline qui m’a gentiment été envoyé par les éditions de la Table ronde via l’agence Anne & Arnaud.

the-girls-emma-clineL’histoire que nous raconte l’auteure se déroule à l’été 67, en Californie. Nous y faisons la connaissance d’Evie Boyd, 14 ans, adolescente pommée : ses parents viennent de divorcer et elle vit plutôt mal la nouvelle vie amoureuse de sa mère chez qui elle vit ; sa meilleure, et unique, amie (en tout cas c’est ce que j’ai compris…), Connie, ne lui adresse plus la parole ; et puis, elle n’a pas beaucoup confiance en elle. Un jour, elle observe, fascinée, une bande de filles plutôt marginales et leur assurance lui fait envie. Plus tard, elle va faire la connaissance, par hasard, de l’une d’entre elles, Suzanne, et, de fil en aiguille, elle va se s’intégrer à leur groupe. Elle va alors apprendre à les connaitre et découvrir leur vie au ranch, un endroit crasseux où le vol, la mise en commun des biens, la drogue mais aussi le sexe sont le quotidien. Et puis, elle va également y faire la connaissance de Russell, l’homme qui dirige la communauté… Evie va y vivre des expériences nouvelles et échappera de peu à un évènement qui aurait pu faire basculer sa vie…

C’est Evie elle-même qui nous raconte son expérience, des années plus tard, alors qu’elle séjourne dans la maison de son ami Dan. Le fils de ce dernier, Julian, débarque avec sa petite amie, Sasha, pour passer une nuit dans la maison. Sa cohabitation passagère avec la jeune fille va lui rappeler cette période de sa vie et à quel point les adolescentes sont influençables et soumises à l’attention des autres.

Au départ, je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à me faire au style d’écriture d’Emma Cline et donc à entrer complètement dans l’histoire qu’elle raconte dans ce roman. Il m’a fallu une centaine de pages environ pour être complètement dedans. Mais une fois ce seuil passé, j’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. Je ne connais pas particulièrement le monde des sectes mais le processus par lequel des gens se retrouvent en admiration pour une personne me questionne beaucoup. Et, c’est justement de quoi il est question ici. Je ne connaissais pas spécialement l’histoire de Charles Manson et de « sa famille », du coup, tout au long de la lecture, je n’ai pas forcément vu les parallèles entre les deux histoires. Cela dit, il ne s’agit pas d’une retranscription de ce qui s’est réellement passé mais plutôt de montrer comment une jeune fille peut se retrouver happée par un mouvement sectaire. C’est un roman qui dérange mais que j’ai trouvé, au final, très intéressant.