Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

Pendant mes vacances en Provence, j’ai eu la chance d’avoir le temps de lire beaucoup de très bons livres au bord de la piscine, à l’ombre des muriers platanes, et aujourd’hui, c’est du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah, dont j’ai choisi de vous parler.

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Alors qu’Ifemelu, une jeune femme nigériane, se trouve dans un salon de coiffure à New-York, elle nous raconte son expérience aux États-Unis et son ressentit face à ce qu’elle y a vécu. En effet, quinze ans auparavant et suite à de trop nombreuses grèves des professeurs d’université au Nigeria, elle décide de quitter son pays natal pour continuer ses études sur le territoire américain. A son arrivée, Ifemelu est dans un premier temps hébergée chez sa tante, interne en médecine, et son jeune neveu. Puis, quelque temps après, elle trouve un appartement en colocation à Philadelphie où elle poursuivra sa scolarité. Sa bourse n’étant pas suffisante pour payer tous ses frais, elle est également dans l’obligation de chercher un emploi alors que son visa ne le lui permet pas. Malgré de nombreux échecs, elle ne se décourage pas et fini par trouver une famille qui accepte de l’employer en tant que baby-sitter. Grâce à ce travail, Ifemelu quitte la colocation qu’elle ne supporte plus pour vivre dans son propre appartement. Elle va alors commencer à profiter pleinement de sa vie aux États-Unis.

Tandis qu’elle se fait coiffer, Ifemelu se confit sur ses aventures personnelles, professionnelles et amoureuses aux États-Unis, elle évoque ses échecs, ses succès et ses espoirs, nous parle de ses relations avec Curt, Blaine et surtout avec Obinze son grand amour de jeunesse. L’adaptation à ce nouveau pays et à cette nouvelle vie, fut, dans un premier temps, plutôt difficile. Elle s’est d’abord sentie obligée de se lisser les cheveux, puis, de prendre un accent américain lorsqu’elle parlait, afin d’effacer ses différences avec les afro-américains. Mais cela ne va pas durer longtemps. Très vite, elle va décider de rester naturelle, de s’assumer telle qu’elle est, de garder ses cheveux comme ils sont et son accent africain. C’est en arrivant aux États-Unis qu’Ifemelu va découvrir la notion de race ainsi que celle de racisme. C’est là-bas qu’elle va prendre conscience qu’elle est noire. Un jour, alors qu’elle a terminé ses études et qu’elle exerce le métier de journaliste, elle décide d’ouvrir un blog pour y partager ses réflexions à ce sujet, pour évoquer la situation des noirs aux États-Unis, pour décrire la vie dans ce pays vu par une noire non américaine. Sans qu’elle s’y attende, ses écrits vont rencontrer un grand succès et elle va devenir une blogueuse célèbre.

Cependant, alors qu’elle vit aux États-Unis depuis quinze ans et que tout semble lui réussir, Ifemelu ressent le besoin de retourner vivre au Nigeria. C’est ce qu’elle s’apprête à faire lorsqu’elle est dans ce salon de coiffure à New-York et qu’elle nous raconte son histoire. Quand elle arrive dans son pays natal, et plus précisément à Lagos, elle ne reconnait plus rien, mais, elle va réapprendre à aimer cette ville. Elle y retrouve sa famille, mais aussi ses amies qui, elles, ont vécues toute leur vie au Nigeria. Et puis surtout, elle retrouve Obinze, marié à Kosi et père d’une petite fille prénommée Buchi. Il vit dans une grande maison et conduit de belles voitures. Mais, quand elle se décide enfin à le recontacter, elle va découvrir que sa vie n’a pas toujours été heureuse…

Americanah – qui est en réalité une expression nigériane désignant les locaux partis étudier aux États-Unis – est selon moi un roman intelligent, très bien écrit (ou bien traduit ? que doit-on dire ?) et surtout vraiment réussi. L’histoire, plutôt longue (environ 500 pages) mais sans être dans l’excès à mon goût, est touchante. La relation d’Ifemelu et Obinze tient une place importante, mais il ne s’agit pas uniquement d’amour. Derrière l’expérience racontée par Chimamanda Ngozi Adichie, il y a beaucoup de très bonnes réflexions à propos de sujets tels que le racisme, l’expatriation, le déracinement et l’intégration. Elle met en avant les difficultés rencontrées par la communauté noire aux États-Unis mais aussi les différences entre les afro-américains et les africains. Malgré des thématiques sérieuses, l’auteure ne tombe jamais dans le pathos et arrive à faire preuve de beaucoup d’humour, j’ai beaucoup apprécié la tonalité de ses propos. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage franc et direct d’Ifemelu. Ce très beau roman qui illustre avec justesse la réalité d’un très grand nombre de personnes est un vrai coup de cœur pour moi.